DATURA, de la famille des Solanacées, belle, envahissante et très toxique.

Une plante annuelle et vivace, à la fois très jolie et très dangereuse, au parfum et couleurs subtils et très présente sur tout le territoire, tant en ville qu’à la campagne, qui peut être cultivée ou sauvage. Une dizaine d’espèces de Datura existe et la plus connue de toute est Datura stramonium ou stramoine qui se caractérise par des fruits en forme de capsules épineuses d’une taille importante variant de quelques centimètres à 10 cm de diamètre. Ces capsules contiennent plusieurs centaines de graines qui vont se disperser au gré des vents. Les fleurs pendantes de grande taille, jusqu’à une vingtaine de centimètres, se développent au milieu de trés jolies feuilles dentelées. Les noms vernaculaires nombreux alertent sur l’attention à porter à cette fleur, qui cache bien des dangers, tant dans ses fleurs, ses graines, ses tiges, ses racines que dans ces feuilles. Les plus courants sont : trompettes des anges, herbe des sorciers, herbe du diable, chasse-taupes, herbe aux fous, pomme poison, ... Cette plante invasive, considérée comme officinale depuis le moyen-âge, mais aussi associée à la sorcellerie et la magie noire, provoque des symptômes caractérisés par des signes neuropsychiques et neuro végétatifs. Les risques les plus importants concernent les enfants, les adolescents qui n’hésitent pas à détourner son usage pour quelques moments hallucinatoires ; Une consommation inadaptée peut conduire à la mort.

La toxicité s’explique par la présence, dans tous les organes de la plante, d’alcaloÏdes comme l’atropine, la scopolamine, l’hyocyamine.

Les risques pour les consommateurs : de l’incident sanitaire à la mort


  • - La consommation directe; cette plante ayant été une fois au moins confondue en Brenne dans l’Indre, avec l’épinard d’été ou tétragone ; Quinze à vingt minutes après l’ingestion les symptômes se sont très vite manifestés, « bouche pâteuse, yeux écarquillés, délires ... », les secours alertés par les voisins et rapidement sur place ont évité le pire !

  • - Le contact direct avec la plante, lors de l’arrachage par exemple, et les mains portées à la bouche sont des gestes suffisants pour déclencher des hallucinations.

  • - La consommation involontaire par des produits contaminés comme les conserves, du surgelé est possible même si producteurs et industriels font tout ce qu’il faut pour éliminer Datura, comme vous le constaterez dans la suite.

  • - La génération de fumées par le brûlage de ces végétaux a aussi provoqués quelques moments hallucinogènes chez ceux qui les ont respirées.

  • - La consommation volontaire liée à une exceptionnelle concentration en principes actifs donne des effets rapidement et souvent dans l’heure qui suit l’ingestion ou la respiration.


Le DATURA, puissant narcotique, dérègle complètement l’organisme par l’augmentation du risque cardiaque, le dessèchement de la peau et des muqueuses, une perturbation du système nerveux... L’usager peut être mis en danger et aller jusqu’à atteindre un état comateux, voire le seuil létal.

Les risques pour le producteur : retour vers les bonnes vieilles méthodes

  • -  Le premier est de ne pouvoir identifier correctement la présence de la plante dans les cultures pour éviter de dépasser les contraintes quantitatives tolérables dans l’alimentation humaine et animale. Cette plante s’adapte à tous les types de sol, peut être très dispersée dans un champ et aux alentours et germe en été à une profondeur de plus de dix centimètres. Elle se conserve donc très bien dans le sol et son élimination peut donc prendre plusieurs années. Quand elle est de petite taille elle peut se confondre avec des plantes en culture, comme le colza.


  • -  Le second est la diminution des solutions phytosanitaires ce qui impacte tout particulièrement les productions de produits BIO. Il est reconnu que des producteurs BIO doivent détruire, chaque année, un certain nombre de parcelles pour éviter une plus large contamination et tout particulièrement en Provence, Occitanie et Nouvelle Aquitaine.


  • - Le moyen de lutte le plus courant est de détruire la plante avant qu’elle monte en graines par arrachage, souvent à la main, en étant équipés de gants. Les plantes sont aussitôt éloignées des parcelles et des zones en bordures de celles-ci. En cas d’envahissement particulier il est fait recours à des désherbage chimiques.

  • - La limite des alcaloïdes tropaniques est définie par le règlement européen 2016- 239 pour l’alimentation des nourrissons etenfants en bas âge. Cette limite est d’un microgramme par kilogramme, pour l’atropine et la scopolamine dans les aliments contenant du millet, sorgho, sarrasins ou leurs dérivés ; et est de 1g de graines de datura par kilogramme de céréales destinées à la consommation animale.

Les risques pour les apiculteurs : priver les abeilles de leurs ressources biologiques


  • -  L’abeille trouve l’essentiel de ses ressources biologiques dans les espaces où sont cultivés le tournesol et le colza. Ce précieux besoin nécessite une bonne collaboration avec les agriculteurs et dans le sud-ouest « apiculteurs et agriculteurs parlent à l’unisson » et se mobilisent contre l’envahisseur.


  • -  Il faut rappeler que ces cultures mellifères assurent près des 2/3 de la production demiel en France continentale (Source Val de Gascogne en 2017).

  • - La technique du faux semis qui consiste à réaliser un travail superficiel du sol pour favoriser le développement des adventices et les détruire avant les mises en culture. La méthode semble efficace mais est très liée aux conditions climatiques.

Les risques pour les transformateurs : obligation de contrôler les entrants et les produits fin

  • -  Depuis quelques années l’absence de méthodes adéquates et de traitements efficaces a contraint le transformateur, à l’obligation d’avoir une bonne connaissance de la rigueur et maîtrise de ses fournisseurs et une confiance dans la qualité de la fourniture.

  • -  D’équiper ses sites de réception d’installations susceptibles de voir et d’éliminer toutes les parties de la plante. Les moyens les plus efficaces sont assurés par des employés formés, vigilants ; les nombreux essais de mécanisation n’ont pas donné de résultats probants. Sur le sarrasin par exemple il est impossible d’identifier la moindre graine de Datura parmi les graines de sarrasin et rend de ce fait le tamisage inefficace.

  • - La mise en place de plans de contrôles rigoureux sur les produits finis ne garantit pas toujours la détection d’un échantillon très contaminé dans un lot, donc à risque.


Les risques pour les distributeurs : des produits détectés avec présence souvent tardivement


L'obligation de confiance et de vigilance (pour les produits BIO en priorité)

  • -  Rappel d’un lot de farine de sarrasin en décembre 2018

  • -  Rappel de lots de haricots verts très fins surgelés 03/2019-12/2019- 01/2020

En synthèse de tout cela tous les opérateurs des filières du végétal, les transformateurs, les distributeurs s’affairent pour optimiser la maîtrise de la présence de Datura, comme enjeu majeur face aux risques sanitaires pour l’homme ; mais aussi permettre, le nécessaire développement des cultures de végétaux pour l’alimentation humaine et animale.


De nombreuses actions sont planifiées à tous les niveaux de la Société :

Au niveau scientifique : Il faut à tout prix réduire les incertitudes en

  • -  Approfondissant les connaissances sur la plante et ses conditions de développement, ses vecteurs de propagation

  • -  Étudiant plus finement la toxicité des alcaloÏdes et l’amélioration des méthodes d’analyses tant pour les productions locales que les importations (majeures pour le sarrasin).


Au niveau agricole : une mobilisation pour assurer santé et sécurité en

  • -  Prenant en compte la diminution des solutions phytosanitaires

  • -  Appliquant des stratégies de lutte qui ont fait leurs preuves comme le binage, l’arrachage et sous certaines conditions les faux semis, voire le désherbage mécanique.

  • - Mettant en place la rotation des cultures (tous les 4 ans selon certaines recommandations)

  • - Surveillant les parcelles non cultivées et les parcelles en périphérie.

  • - Assurant un nettoyage méticuleux des matériels et ainsi limiter les transferts de graines.

Au niveau gestion de la situation : en créant des banques de données pour une meilleure approche de la situation par

  • - La diffusion de résultats, d’informations synthétiques et de plans de progrès.

  • - La réalisation de recueils de bonnes pratiques.

  • - La mise en place d’aides et d’accompagnement sur le terrain.


Autres Sources : - Le Datura nouvelle menace pour les abeilles par Val de Gascogne - Datura : le poison mortel qui met l’agriculture BIO en danger par Charlotte ROUSSEAU


Synthèse réalisée par Yves GASNIER

Expert Réseau ICACQ (Février 2020)

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